À quelques kilomètres de la frontière, le calcul est vite fait. En France, le fioul domestique flirte actuellement avec les 1,90 € le litre. Il n’a jamais été aussi cher. Alors qu’enBelgique, le tarif maximum du mazout de chauffage vient de baisser et s’affiche à 1,5571 € le litre pour une commande d’au moins 2 000 litres. Sous ce seuil, il est fixé à 1,5977 €.

Direction Couvin pour baisser la note

L’écart dépasse donc les 30 centimes par litre. Sur une cuve de 1 000 litres, cela représente déjà plusieurs centaines d’euros. Une différence qui est loin d’être anecdotique pour un particulier qui doit faire le plein avant l’hiver.

Pour les habitants de la Pointe des Ardennes, la frontière belge est toute proche. Givet, Fumay, Revin, Rocroi… et, derrière la frontière, Couvin et les communes voisines.

Le phénomène n’a d’ailleurs rien de nouveau. En 2019, le député ardennais Pierre Cordier avait déjà interpellé le gouvernement sur les conditions d’achat du fioul domestique en Belgique par les Français frontaliers.

À l’époque, le différentiel de taxation était estimé à environ 18 centimes par litre. La réponse du gouvernement rappelait que les règles européennes appliquent le principe d’une taxation dans le pays de consommation lorsque le fioul est acheminé par une entreprise pour le compte du particulier.

Autrement dit, acheter du mazout en Belgique n’est pas simplement synonyme de remplir une cuve française avec un camion belge et de profiter automatiquement du prix affiché de l’autre côté de la frontière.

Pourquoi un tel écart ?

Le prix du fioul ne dépend pas uniquement du cours du pétrole. Il intègre également les taxes, les coûts de distribution, le transport et les marges des différents intermédiaires.

La Belgique fonctionne notamment avec un système de prix maximum pour les produits pétroliers. Pour le gasoil de chauffage, le SPF Économie affiche actuellement un plafond de 1,5571 € le litre à partir de 2 000 litres et de 1,5977 € sous cette quantité.

En France, les tarifs constatés dans les Ardennes sont nettement supérieurs. Les différents relevés disponibles donnent aujourd’hui un prix autour de 1,88 à 1,93 € le litre pour 1 000 litres, livraison comprise selon les fournisseurs et les communes. À Charleville-Mézières, un tarif de 1,903 € le litre était affiché mardi.

Le risque d’un trafic

Avec un tel différentiel, une question se pose forcément dans un département frontalier : cette différence de prix peut-elle favoriser les achats massifs de fioul en Belgique, voire un trafic organisé ?

Il faut rester prudent. Nous n’avons pas, à ce stade, de données des Douanes permettant d’affirmer qu’un trafic de fioul se développe actuellement dans les Ardennes. Bon, des jerricans français se remplissent quand même et traversent la frontière dans le coffre. L’incitation

économique est bien réelle.

Lorsque quelques dizaines de centimes séparent deux pays voisins, le transport de grandes quantités peut rapidement devenir rentable.

La réglementation distingue d’ailleurs l’achat effectué directement par un particulier pour ses propres besoins du transport réalisé par une entreprise. La réponse du gouvernement à Pierre Cordier rappelait que, lorsque le produit est transporté par le particulier lui-même pour ses besoins propres, l’accise relève en principe du pays d’achat. En revanche, lorsque le fioul est acheminé par une entreprise pour le compte du particulier, les droits sont dus dans le pays de consommation.

400€ sur une cuve

À l’heure où le chauffage constitue déjà une dépense lourde pour de nombreux foyers, quelques dizaines de centimes par litre peuvent donc faire basculer les habitudes.

Avec 35 à 40 centimes d’écart, une cuve de 1 000 litres représente potentiellement 350 à 400 euros de différence.

La frontière belge pourrait donc redevenir un sérieux point de comparaison pour les Ardennais qui se chauffent encore au fioul.