L’affaire du meurtre d’un homme de 47 ans, retrouvé mort le 27 août dernier dans son appartement rue Jean-jacques Rousseau prend une tournure particulièrement sordide. Un homme de 37 ans et sa compagne de 27 ans ont été déférés devant un juge d’instruction du pôle criminel de Reims en vue de leur mise en examen pour meurtre accompagné ou suivi d’un autre crime, en l’occurrence des actes de torture et de barbarie.
Torture et barbarie
Conformément aux réquisitions du parquet, les deux suspects ont été placés en détention provisoire sous mandat de dépôt criminel.
Une vidéo Snapchat à l’origine de l’alerte
Pour rappel des faits, tout commence le 27 août vers 13 heures. Une femme souhaitant conserver l’anonymat appelle le commissariat de Charleville-Mézières après avoir vu sur Snapchat une vidéo montrant un homme violemment agressé et agonisant sur le sol.
Elle reconnaît la voix de l’agresseur. Les policiers identifient rapidement la victime, un homme âgé de 47 ans, déjà connu de leurs services, et se rendent à son domicile.
Sur place, ils découvrent son corps sans vie. La vidéo, dont nous avions eu écho, est insoutenable.
Des violences sexuelles
L’autopsie, réalisée le 29 août, révèle des traumatismes extrêmement sévères au visage, au niveau cervical et au thorax, avec notamment des fractures des côtes. Les blessures cervicales ont obstrué ses voies aériennes.
La victime a également subi de très graves violences sexuelles et une mutilation de son sexe.
Elle n’est manifestement pas morte immédiatement. La vidéo retrouvée par les enquêteurs montre d’ailleurs la victime agonisante tandis que son agresseur lui porte de violents coups de pied au visage.
Des cris entendus entre 3 heures et 5 heures du matin
Les enquêteurs recueillent également les témoignages de voisins. Plusieurs personnes confirment avoir entendu des bruits de dispute durant la nuit du 26 au 27 août, entre 3 heures et 5 heures du matin, un créneau qui correspond à l’heure du décès.
La voix du principal suspect est formellement identifiée par une ancienne compagne ainsi que par sa sœur.
Cet homme de 37 ans présente par ailleurs un lourd passé judiciaire : son casier comporte 36 condamnations, essentiellement pour des faits de violences, mais également pour des vols et des infractions routières.
Du sang sur son pantalon quelques heures après les faits
Une autre ancienne compagne du suspect se présente spontanément aux policiers. Elle explique que l’homme est venu chez elle le 26 août vers 8h30.
Il est alors alcoolisé et présente des traces de sang sur son pantalon. Il lui dit simplement s’être battu avant de s’endormir chez elle. Vers 16 heures, elle reçoit la vidéo des violences. Elle le met alors immédiatement à la porte.
Le suspect avait également rendez-vous le 26 août au SPIP de Charleville-Mézières, dans le cadre d’un sursis probatoire en cours.
Une jeune femme de 17 ans témoin des violences
Les enquêteurs apprennent alors qu’une jeune femme de 17 ans, sans domicile fixe et proche du suspect, aurait été témoin de la scène.
Elle est rapidement identifiée et placée en garde à vue. Elle raconte avoir été présente le soir des faits, aux côtés du principal suspect et de sa compagne de 27 ans.
Tous trois avaient rejoint la victime pour passer la soirée ensemble.
Selon son témoignage, la consommation d’alcool avait été massive, accompagnée de cocaïne et de « C », un mélange de cocaïne et d’ammoniac.
D’après la jeune femme, la victime aurait proposé à la compagne du principal suspect d’avoir des relations sexuelles avec elle en échange de produits stupéfiants. La soirée aurait alors basculé.
Coups de pieds, ventilateur et meubles
Toujours selon le témoignage de la mineure, le principal suspect aurait alors « vrillé », accusant la victime de viols.
S’en serait suivi, selon ses déclarations, un « déchaînement de violences dépassant l’entendement ».
L’homme de 37 ans et sa compagne auraient frappé la victime à coups de pieds, de ventilateur et de meubles, tout en filmant la scène.
Puis, toujours selon ce témoignage, le suspect aurait, avec l’aide de sa compagne, retourné la victime afin de lui faire subir des violences sexuelles.
La jeune femme de 17 ans précise ne pas avoir assisté aux faits de mutilation sexuelle.
Terrifiée par la scène, elle aurait ensuite vu son téléphone lui être pris puis jeté au sol. L’appareil a été retrouvé cassé.
La jeune femme a finalement été mise hors de cause et remise en liberté.
La compagne reconnaît partiellement les faits
La compagne du principal suspect, âgée de 27 ans, est à son tour identifiée et placée en garde à vue. Elle reconnaît partiellement sa participation aux faits, tout en évoquant certains « oublis ».
Elle accuse notamment la mineure d’avoir porté des coups à la victime. Mais des SMS échangés avec le principal suspect laissent penser aux enquêteurs que cette accusation aurait pu être préparée afin de faire porter la responsabilité à la jeune fille.
La jeune femme de 27 ans ne reconnaît pas avoir commis de violences, mais confirme les faits d’agressions sexuelles.
Elle affirme également que la mineure était quotidiennement violée par la victime. Une accusation que la jeune fille nie totalement et qui, précise le procureur, n’est corroborée par aucun élément de l’enquête à ce stade.
La compagne du principal suspect possède elle aussi un casier judiciaire, avec notamment une condamnation prononcée en 2026 pour des faits de violences aggravées.
Interpellé dans l’Hérault
Le principal suspect est finalement retrouvé chez une autre petite amie, à Villeneuve-lès-Maguelone dans l’Hérault.
Cette dernière prévient les forces de l’ordre. L’homme est interpellé par les gendarmes locaux le 29 août à 23h40.
Lors de ses auditions, il reconnaît les violences et être l’homme visible sur les vidéos Snapchat.
Il évoque lui aussi des accusations de viols qui auraient été commis par la victime en échange de stupéfiants, dans un contexte d’alcoolisation et de consommation massive de produits stupéfiants.
Il accuse à son tour la jeune fille de 17 ans d’avoir participé aux violences, ce qui semble, selon le parquet, avoir été préparé avec sa compagne dans des échanges de SMS.
En revanche, il ne s’exprime pas sur les violences sexuelles ni sur les mutilations subies par la victime.
La perpétuité encourue
Les deux suspects sont désormais présentés devant un juge d’instruction du pôle criminel de Reims en vue de leur mise en examen.
Les faits retenus sont particulièrement graves : meurtre avec la circonstance que les faits ont été accompagnés ou suivis d’un autre crime, en l’espèce des actes de torture et de barbarie.
Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Conformément aux réquisitions du parquet, un mandat de dépôt criminel a été prononcé à leur encontre.
L’enquête se poursuit désormais sous la direction du pôle criminel de Reims afin de déterminer avec précision le déroulement des faits et la responsabilité de chacun.