C’est la double peine sur le site scolaire de Chalandry-Élaire. L’Inspection académique a décidé qu’une classe passait à la trappe. Par effet tiroir, c’est le professeur des écoles si apprécié et ses 13 ans d’ancienneté sur place qui doit quitter les lieux. Les parents d’élèves dénoncent un système injuste.
Des compétences et une implication sans faille
Avec 130 élèves à la rentrée prochaine, le compte n’y est pas pour l’Inspection académique. L’école maternelle et primaire va ainsi passer de sept classes à six classes. Une perspective doublement difficile à avaler pour les parents d’élèves quand ils ont appris que Philippe Branchut en était la victime collatérale. La mobilisation est décrétée pour soutenir l’enseignant de la classe dédoublée CM1/CM2.
« Il a fait 13 ans ici, il a une connaissance de l’école comme personne. Il connaît le secteur, les familles et les fratries, sans parler de ses compétences et de son implication inestimable dans le fonctionnement », lance Jennifer Broyer. La représentante des parents d’élèves est sous le choc, comme l’ensemble de l’école. Une pétition a été lancée.
« Un formidable enseignant »
Une chose est sûre, le sort de Philippe Branchut ne laisse pas indifférent. « Évidemment qu’on le soutient. Il est omniprésent et tout le monde l’apprécie. On perd très gros : une classe et un formidable enseignant », complète Boris Iwanciw. Le père de la petite Anouk est révolté. « On parle de l’avenir de 130 élèves mais aussi de ce professeur des écoles. Personne ne comprend comment c’est possible », coupe le quadragénaire.
En marge des émotions suscitées, c’est surtout une histoire de comptabilité de points qui fait vaciller l’enseignant par rapport à ses collègues.
Une dernière kermesse
« Il a de l’expérience mais d’autres enseignants plus jeunes ont cumulé des points différemment avec des actions menées ou des situations personnelles, et finissent par le devancer… mais là n’est pas la question », soupire Jennifer Broyer.
« C’est assez unique, une école qui se bouge comme ça pour son enseignant. Il est tellement estimé », ajoute la mère de famille.
En attendant, Philippe Branchut va forcément vivre une drôle de kermesse de fin d’année ce mardi. À 47 ans, c’est la douche froide.
La carte scolaire et des priorités légales
Côté Éducation nationale, la directrice académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) a décroché son téléphone pour nous faire un retour sur le sujet. « Déjà, je voudrais signaler que cette école a perdu 36 élèves depuis 2021 sans jamais avoir à subir un retrait d’emploi ou de classe, a indiqué Clarisse Stein. À la rentrée prochaine les élèves seront 21 par classe, c’est très confortable. »
La situation du professeur des écoles s’est évidemment invitée à la table des discussions avec une logique comptable liée à la carte scolaire. « Un des professeurs titulaires doit partir et il se trouve qu’une personne est éligible. Il y a des priorités légales et des règles applicables. Ni plus ni moins. J’espère que la kermesse va rester un moment de fête pour les enfants », a conclu la Dasen.
Philippe Branchut, lui, a chargé le matériel hier dans sa remorque, en dehors de ses heures de classe, pour installer la kermesse, comme chaque année. Un investissement de tous les instants, jusqu’au dernier jour.