Le procès du meurtre et du viol de Loana, 10 ans, s’est ouvert ce lundi devant la cour d’assises des Ardennes, à Charleville-Mézières. Une première journée particulièrement éprouvante, marquée par le récit des dernières heures de la fillette et par les premières déclarations de Jean-Baptiste Mentz, qui a reconnu les faits d’entrée en réponse à une question de la présidente du tribunal.

Un récit glaçant

Pour rappel, le 17 octobre 2023, Loana s’était rendue au domicile de l’accusé, rue Saint-Michel à Sedan. Elle le connaissait et habitait à proximité.

Selon les éléments présentés par le prévenu lors des auditions, la fillette aurait d’abord chuté dans l’escalier. Elle tentait plutôt de fuir si c’était le cas mais des traces de sang ont précisé plusieurs zones de violence du studio en haut jusqu’en bas y compris dans la cuisine du bar désaffecté en rez-de-chaussée. Loana a notamment été violemment frappée à la tête avec une batte de baseball. Des agressions sexuelles ont également été commises, vivantes à l’étage mais aussi à la cave alors qu’elle était déjà décédée.

Des actes sexuels alors que la victime est décédée

Loana avait finalement été retrouvée dans la cave de l’immeuble, nue, les pieds et les poings liés, enveloppée dans un drap ensanglanté et déposée sur une palette. Les enquêteurs ont notamment retrouvé l’ADN de la victime et de l’accusé sur différents éléments de la scène.

Face au récit juste insoutenable de la présidente, Jean-Baptiste Mentz est resté impassible, un comportement adopté tout au long de l’après-midi en observant l’assistance et le défilé des témoins à la barre. Dans la salle, Peggy Creton, la tante de Loana, et Maxence, son demi-frère, n’ont cessé de fixer l’accusé et retenir un océan de tristesse et colère.

« Je pleure et je ne dors plus depuis deux semaines. C’est difficile, mais je suis là pour ma sœur, la maman de Loana, qui est décédée », a témoigné la tante. Son demi-frère confiait de son côté : « Je dois me contenir mais j’ai envie d’intervenir. »

Une vie marquée par la précarité

L’étude de la personnalité de l’accusé a ensuite dressé le portrait d’un homme ayant grandi dans une grande précarité. Issu d’une fratrie de dix enfants, il a grandi dans une roulotte, sans véritable scolarité, dans un environnement marqué par la violence et l’alcool.

Parti du domicile familial à 15 ans, il vivra notamment plusieurs années au camp du Bois d’Amour du côté de Manchester. Il aura six enfants, connaîtra plusieurs emplois précaires et s’installera ensuite à Sedan. Des tentatives de suicide et plusieurs séjours à l’hôpital Belair sont également évoqués en 2022 et 2023 après la séparation d’avec sa conjointe.

Une détention mal vécue

Détenu provisoirement depuis près de trois ans, Jean-Baptiste Mentz raconte une incarcération difficile à la maison d’arrêt de Chalons-en-Champagne (il est détenu à la prison de Charleville durant le procès).

« Ça a été dur au début. Avec ce que j’ai fait, je suis mal vu des autres détenus mais bon ça va mieux », marmonne-t-il. L’homme de 60 ans confie avoir tenté de mettre fin à ses jours en prison et bénéficie aujourd’hui d’un suivi psychologique. Le prisonnier participe également à un atelier cinéma et apprend à lire et à écrire.

Les services pénitentiaires ont indiqué qu’une seule de ses filles lui avait rendu visite en trois ans.

Le crâne de Loana, un puzzle

Retour sur la scène de crime, le directeur d’enquête de la police judiciaire de Reims a pris le relais et détaillé les constatations effectuées dans l’appartement et la cave.

Traces de lutte, mains abîmées, lésions traumatiques : les enquêteurs décrivent une scène d’une extrême violence. Loana serait décédée environ 24 heures avant la découverte de son corps. Des préservatifs, des traces de sang et des perles appartenant à une écolière avaient également été retrouvés dans le logement.

« Le crâne de Loana, c’était un puzzle d’après le rapport du médecin légiste . Il faut frapper très fort pour entraîner ce genre de blessures », a indiqué le fonctionnaire.

Les investigations ont permis de reconstituer un scénario au cours duquel plusieurs actes sexuels et coups auraient été commis dans différents endroits du logement, avant que le corps de la fillette ne soit déplacé dans la cave.

Des versions fluctuantes

Lors de ses auditions avec un commandant divisionnaire encore marqué par les faits ce lundi à la barre, Jean-Baptiste Mentz avait livré des versions fluctuantes, reconnaissant certaines violences tout en contestant dans un premier temps être responsable de la mort. Interrogé sur la raison pour laquelle il avait transporté le corps dans la cave, il avait répondu : « J’allais pas la mettre dans une poubelle, fallait bien que je la mette quelque part la petiote. »

L’expert qui a examiné la scène de crime au 21,rue Saint-Michel va de son côté indiquer un grand nettoyage dans le logement, pour effacer les traces de sang. « Y compris au plafond de l’arrière cuisine du bar désaffecté », a précisé le spécialiste, nouvelle indication du carnage qui s’est déroulé dans le logement le 17 octobre 2023.

Les témoignages se poursuivront ce mardi, avant l’interrogatoire de l’accusé.

Pour rappel, Jean-Baptiste Mentz encourt la réclusion criminelle à perpétuité.