Plus d’un mois après l’annonce de la fermeture prochaine de l’EHPAD Marie-Blaise, les salariés ont décidé de sortir du silence. Dans un témoignage collectif transmis à Ardennes Actus, ils racontent leur épuisement, leur colère et leur incompréhension, alors que les premiers résidents commencent à quitter progressivement l’établissement.

44 résidents pour 63 places disponibles

La fermeture est désormais visible au quotidien. L’établissement accueille actuellement 44 résidents, contre 63 à effectif complet. Plusieurs départs sont encore prévus dans les prochains jours.

« Les familles veulent trouver un autre point de chute pour leurs aînés et c’est normal. Et nous, on est à effectif normal avec des résidents en moins », explique Ilona Giglio, aide-soignante et représentante syndicale.

« Chaque chambre qui se vide, c’est une page de notre histoire qui se tourne », témoignent-ils.

Un épuisement général

L’Ehpad Marie-Blaise n’a jamais été pour eux un simple lieu de travail. Pendant des années, ils ont accompagné les résidents au quotidien, partagé leurs joies et leurs peines et créé des liens avec eux et leurs familles.

« On s’est investis et on se sent abandonnés aujourd’hui, et puis nos personnes âgées sont eux aussi dans l’incompréhension, certains pleurent, ce n’est facile pour personne », confie Ilona Giglio.

Malgré leurs propres inquiétudes, les professionnels continuent d’assurer leurs missions. « Nous sourions. Nous rassurons. Nous prenons soin. Parce que nos résidents n’ont pas à porter le poids de nos inquiétudes », écrivent-ils.

Derrière cette apparente continuité, l’épuisement est pourtant bien réel. Certains salariés expliquent ne plus dormir, être tombés malades ou craquer une fois rentrés chez eux.

« Beaucoup tiennent comme ils peuvent » souligne la représentante syndicale.

Des licenciements économiques à l’horizon

Les salariés rappellent également que les difficultés de l’établissement ne datent pas d’hier et encore moins de l’administrateur actuel.

« Cela fait dix ans que l’on nous dit qu’on va fermer et le couperet tombe, on apprend ça sur les réseaux sociaux, sans ménagement », déplore Ilona Giglio.

Pendant des années, les professionnels disent avoir continué à faire confiance aux discours laissant espérer qu’une solution pouvait être trouvée. Aujourd’hui, cet espoir a laissé place à une profonde désillusion.

À cela s’ajoute désormais le sujet de l’avenir professionnel. Un possible licenciement économique collectif est évoqué en interne.

« Derrière ces questions professionnelles, il y a des vies. Des enfants. Des familles. Des crédits. Des loyers. Des projets. Des années d’ancienneté », rappelle les salariés.

De la transparence

Autre source de crispation : le manque de visibilité concernant le calendrier de fermeture. Le personnel évoque des informations différentes, avec notamment une échéance au 15 décembre, tout en précisant que cette date ne signifie pas nécessairement que l’établissement fermera effectivement ce jour-là.

« Nous ne demandons pas qu’on nous promette l’impossible. Nous demandons simplement qu’on nous parle avec sincérité, cohérence et transparence », précise ce courrier qui conjugue colère et incertitude.

Des réponses attendues

Le personnel souhaite aussi des réponses de l’Agence régionale de santé, du Conseil départemental et davantage de mobilisation des élus locaux.

Pour eux, l’Ehpad Marie-Blaise représente bien davantage qu’un établissement accueillant des personnes âgées : c’est aussi des emplois et une partie de la vie de Signy-le-Petit.

Jusqu’au dernier résident

« Nous aurions aimé sentir que notre avenir concernait tout un territoire », regrettent-ils.

Malgré la colère et l’inquiétude, les salariés veulent surtout préserver l’accompagnement des résidents jusqu’au bout.

« Demain, nous retournerons travailler. Nous entrerons dans les chambres. Nous demanderons aux résidents s’ils ont bien dormi. Nous les accompagnerons. Nous plaisanterons avec eux. Nous essaierons de rendre leurs derniers jours dans cet établissement aussi sereins que possible », écrivent-ils.

Un été anxiogène

Après des années passées à prendre soin des autres, les salariés veulent désormais que leur propre parole soit entendue.

L’été est bien loin d’être aux vacances et à la détente à l’Ehpad Marie-Blaise. La quarantaine de salariés, de l’aide-soignante à l’ASH en passant par le personnel administratif veulent juste voir à l’horizon, quel qu’il soit.